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l'Arpenteur de pages

[roman] le Siècle tome 1 : la Chute des géants

4 Janvier 2012 , Rédigé par Vance Publié dans #la Voie des livres

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2,8/5 

 

 

Le coin du C.L.A.P. : Ce gros pavé-là, il m’aura accompagné une paire de fois ! Au garage (lorsque j’ai échangé mes pneus hiver contre mes anciens), au cinéma, chez le médecin et même à une conférence pédagogique. Le millier de pages aura nécessité bon nombre de soirées et surtout deux très agréables après-midi, sur une terrasse ensoleillée, profitant des premières chaleurs du printemps, pour qu’enfin j’en vienne à bout.

 

La Chute des géants a tout pour plaire, et pas seulement aux lecteurs qui ont apprécié (ils sont nombreux) les Piliers de la Terre et Un monde sans fin : une flopée de personnages au caractère marqué, un contexte historique à la véracité enrichie de nombreux détails, des passions capables de déplacer des montagnes mais contrariées par des pressions familiales ou politiques, il y a tout cela dans cet ouvrage, et c’est perceptible dès la 4e de couverture. Mieux : au lieu d’un conflit majeur mais trop méconnu par son antiquité (la Guerre de Cent Ans, qui sert de point d’ancrage à Un monde sans fin), on nous expose ces amours et désamours en travers de la Grande Guerre, la der des ders ! Follett affiche son ambition de retranscrire au travers d’une sélection pointue d’individus entiers, tourmentés, rigides ou révolutionnaires la façon dont notre civilisation a basculé irrémédiablement, bouleversant les anciens ordres établis et plombant l’avenir sous la menace permanente d’une déflagration universelle.


Jongler avec autant de personnages tout en les insérant dans des actualités au déroulement millimétré est une tâche ardue et complexe et on sait que Follett en est largement capable. En fait, dès l’entame du bouquin, pour peu qu’on ait apprécié l’une ou l’autre de ses précédentes prestations littéraires, on s’attend à un chef-d’œuvre ou, à tout le moins, à une réussite grandiloquente.

 

p. 161, §7 : Un peuple admirable à maints égards, ces Britanniques, mais tellement mous. Le roi est gouverné par ses ministres, les ministres sont soumis à la volonté du Parlement et les députés sont choisis par les gens ordinaires. Franchement, est-ce une façon de gouverner un pays ?

 

Or, on déchante. Et vite.

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D’abord parce que le savoir-faire qui permet à tous ces héros de se retrouver mêlés de près ou de loin aux événements politiques préalables à l’entrée en guerre de l’Allemagne, de l’Angleterreet de l’Amérique ou à la chute du régime tsariste ne s’avère rient d’autre que ce qu’il est : un mécanisme, habile certes, mais indubitablement artificiel, rendant la lecture de ces chapitres largement moins palpitante qu’elle aurait pu l’être. Certes, on s’émeut volontiers de la condition exécrable des mineurs gallois (sur)exploités ou du combat permanent (qu’on sent vain) de ces femmes au caractère bien trempé qui cherchent à se faire entendre au niveau du gouvernement – Follett semble d’ailleurs toujours avoir été fasciné par les personnages de femmes modernes construisant sur les vestiges de leurs malheurs la volonté inébranlable de créer un monde meilleur (on retrouve un peu de Caris chez lady Maud). Mais on déchante vite lorsqu’on tombe sur ces péripéties laborieuses censées rythmer le roman autrement que par la cadence des faits de guerre : ainsi, comment faire progresser l’intrigue liée à lord Fitzherbertou aux frères Pechkov ? Facile ! Il suffit qu’ils mettent enceinte la femme avec laquelle ils couchent. Le procédé, s’il fait sourire au départ, devient vite répétitif et agaçant : on se doute bien que les rejetons de nos protagonistes leur joueront des tours plus tard. D’autant que les scènes un peu lestes dans lesquelles se complaît l’auteur de l’Arme à l’œil deviennent ici autant de passages obligés, en perdant du coup leur pouvoir érotique.

 

p. 561, §4 : « Quand on pense que tant de choses dépendent de la décision d’une poignée d’individus à peine instruits.

- C’est ça, la démocratie. ». 

 

Et c’est bien là que le bât blesse. En dehors de quelques passages où l’écrivain gallois parvient encore à transcrire la flamme qui anime les amants maudits (le couple Maud/Walter jouissant des plus belles scènes avec leur liaison secrète), et de quelques piques bien senties envers l’establishment conservateur, seul l’intérêt historique anime le reste de l’ouvrage et on se contente de suivre d’un œil distrait l’ascension et la chute de Lev aux Etats-Unis ou le destin d’Ethel, féministe avant l’heure. Sans déplaisir, mais sans vraiment de surprise non plus. L’historien de formation que je suis a su néanmoins se réjouir de la masse d’informations distillée avec maestria, tout en pestant contre une traduction parfois douteuse (mais difficile à prendre en défaut malgré tout, la faute sans doute à un manque de coordination entre les traducteurs – ils étaient quatre !) et surtout la présence de coquilles inhabituelles à ce niveau d’édition : je ne pense pas qu’une phrase comme [p. 269] Malgré l’arrogance avec laquelle les autres demandes étaient formulées avec une certaine arrogance, les Serbes pourraient probablement les accepter. soit acceptable. Quelques autres répétitions ou maladresses du même acabit parsèment l’œuvre : elles sont rares, mais sensibles. Saluons tout de même la présentation du livre : quoique épais et volumineux, sa couverture légèrement veloutée, si elle est sensible aux traces de doigts, s’avère très agréable au toucher et résistante au transport. Le visuel en ombres chinoises, bien que discret, est réussi.

 

p. 727, §3 : La plupart des femmes qu’Ethel connaissait travaillaient douze heures par jour et s’occupaient, en plus, des enfants et de la maison. Sous-alimentées, harrassées, logées dans des taudis et vêtues de haillons, elles trouvaient encore le courage de chanter, de rire et d’aimer leurs enfants. Chacune de ces femmes avait dix fois plus le droit de voter que n’importe quel homme.

 

Une déception donc, à la hauteur des promesses.

 

 


 

Fall of giants 1

 

Un roman historique de Ken Follett traduit de l’anglais par Jean-Daniel Brèque et alli pour les éditions Robert Laffont (2010).


Résumé : Le 22 juin 1911 est le jour où Billy Williams descendit pour la première fois dans une mine du pays de Galles. Cette initiation est le point de départ des destins croisés de plusieurs familles, certaines galloises (Billy justement qui deviendra soldat, sa sœur Ethel qui passera d’intendante à journaliste puis députée travailliste) ou britanniques (comme le comte Fitzherbert, qui aura Ethel pour maîtresse, et sa sœur Maud, suffragette avant l’heure, amoureuse d’un aristocrate allemand), d’autres américaines (Gus Dewar, conseiller du président Wilson) ou russes (les frères Pechkov qu rêvent d’aller en Amérique pour y trouver un régime démocratique, l’un finissant par participer à la chute du tsar, l’autre faisant fortune à Buffalo), ou encore germaniques (Walter von Ulrich, ami des Fitzherbert et attaché militaire à Londres). Tous ces personnages vivront le choc ultime que sera la Première Guerre mondiale et en subiront les conséquences tant morales que sociales ou économiques : leur monde va changer, et de manière irrémédiable. Les relations de naguère, les amitiés et amours y survivront-elles ? 

 

 

Autres citations :

 

 

p. 75, §4 : A petits esprits, petits plaisirs.

 

p. 173, §5 : Citant Henry V, de Shakespeare : « Si c’est un péché de convoiter l’honneur, je suis le plus coupable des vivants. »

 

p. 227, §4 : La vérité ne se décide pas par vote.

 

p. 236, §2 : Avant la ruine, il y a souvent l’orgueil.

 

p. 289, §1 : Il y a certaines choses qu’on se devait de faire pour être digne du nom d’homme ; se battre pour le roi et la patrie en faisaient partie.

 

p. 319, §1 : Un homme qui se noie s’accroche à un fétu de paille.

 

p. 408, §1 : Citant Lloyd George : « Pendant la guerre, les affaires continuent. »

 

p. 415, §3 : On peut toujours compter sur un prêtre pour empêcher un homme d’améliorer sa position.

 

p. 437, §5 : Aucune loi n’oblige l’opinion publique à être cohérente.

 

p. 473, §7 : La lutte pour l’égalité des femmes vous obligeait parfois à combattre également les femmes.

 

p. 714, §3 : Un président doit composer avec l’opinion publique comme un voilier qui louvoie dans le vent : s’en servir, mais ne jamais s’y opposer directement.

 

p. 778, §2 : Un enfant, c’est comme une révolution : on le met en route, mais on ne sait pas ce que ça va donner.

 

p. 822, §8 : La science ignore la certitude, elle ne connaît que la probabilité. Je dis à vos mineurs qu’ils descendent chaque matin dans la mine en sachant qu’il n’y aura probablement  pas de coup de grisou.

 

p. 943, §1 : L’humiliation que l’on inflige à autrui revient vous frapper au visage, tôt ou tard.

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