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l'Arpenteur de pages

[roman] Des fleurs pour Algernon : chef-d'oeuvre poignant

6 Mars 2012 , Rédigé par Vance Publié dans #la Voie des livres

Des-fleurs-pour-Algernon-00.jpg

 4,6/5 

 

Fascinant, troublant, puis émouvant et poignant, ce très beau texte complètement immersif nous plonge dans le destin de cet homme à qui la science offre la possibilité de devenir « un télijan », qui atteint ensuite des sommets dans le savoir et se confronte à ceux qui auparavant l’ignoraient voire le dédaignaient, avant de se retrouver face à l’inéluctable : ses facultés intellectuelles se dérobent, son organisme montre des signes de faiblesse. Il relit les compte-rendu de ces jours où il rayonnait et commence à ne plus comprendre certains de ses mots. La mort est au bout de la route.

 

Grandeur et déchéance d’un homme qui ne demandait rien, à qui on a offert le nirvâna de la connaissance et qui sait déjà par quoi il va devoir passer avant que la Faucheuse ne vienne prendre son dû. On y retrouve quelques parallèles, dans le propos et le traitement, avec Elephant Man. Je ne peux résister à l’idée de vous recopier le premier paragraphe et vous souhaiter de le lire, ne serait-ce qu’une fois, de se réjouir devant ses progrès étonnants et de pleurer devant son sort tragique.

 

 

Conte randu N° 1

 

3 mars. Le Dr Strauss dit que je devrez écrire tout ce que je panse et que je me rapèle et tout ce qui marive à partir de mintenan. Je sait pas pourquoi mais il dit que ces un portan pour qu’ils voie si ils peuve mutilisé. J’espaire qu’ils mutiliserons pas que Miss Kinnian dit qu’ils peuve peut être me rendre un télijan. Je m’apèle Charlie Gordon et je travail à la boulangerie Donner.

 

Le livre de Daniel Keyes a régulièrement engendré des textes similaires dans leur thème. Dans sa dernière autobiographie, Asimov lui-même évoquait son anxiété lorsqu'il s'était aperçu que la nouvelle qu'il écrivait pour son propre Science Fiction Magazine en 1982 empruntait les mêmes voies que Des fleurs pour Algernon. Il s'est donc efforcé de la terminer de manière à diverger le plus possible du texte de Keyes.

 

Cette nouvelle, finalement publiée en février 1982, est intitulée Lest we remember. On peut la trouver en France dans le recueil  Au prix du papyrus [Denoël/Folio SF n° 196, éd. 2004] sous le titre De peur de se souvenir, mais aussi dans l'anthologie le Robot qui rêvait [J'ai lu n° 2388, éd. 2002] sous le titre De peur de nous souvenir.


Un film - assez réussi à ce qu'on en dit - en a été tiré en 1968 (Charly de Ralph Nelson) et on peut citer un téléfilm franco-suisse de 2006 avec une fin différente. J'ai cru comprendre que Will Smith en avait acquis les droits...

Des-fleurs-pour-Algernon-01.jpg


Flowers for Algernon

 

 

Un roman de SF par Daniel Keyes (1966 pour la version roman), éditions J’Ai Lu 1972  

 

Traduction de Georges H. Gallet.

311 pages.

 

Stan Barets, anthologiste et spécialiste de la SF en France, avait fait une très juste présentation de l’auteur et de l’ouvrage, dont voici des extraits :

 

Daniel Keyes est né à Brooklyn. Après ses études, il s'engagea dans la marine marchande avant de devenir en 1950 rédacteur de Marvel Stories. Il n'a jamais écrit que deux romans. Mais l'un de ces deux était Des fleurs pour Algernon. Cela a suffi pour porter le nom de son auteur au rang des grands de la S.-F.

Algernon est une petite souris : un cobaye de laboratoire. Charlie Gordon est un attardé, un simple d'esprit employé aux basses besognes dans le même endroit. A tous deux, on inocule un sérum destiné à accroître les facultés intellectuelles. Et ça marche. A travers le journal de Charlie, dans ses « conte randu », on suit ses rapides progrès, sa « naissance » à l'état d'homme normal, puis l'accès au stade supérieur : le génie.

Mais bientôt l'état d'Algernon se dégrade. En quelques jours, elle meurt...

Après avoir obtenu le Hugo* et le Nebula*, le roman a été adapté au cinéma par Ralph Nelson sous titre de Charly (1968). 

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RéponCachou 06/03/2012 19:23


Un livre qui m'a perturbée parce qu'il m'a fait me poser des questions sur mes préjugés envers l'intelligence ou le manque d'intelligence: après tout, en quoi est-ce mieux de juger quelqu'un
selon son intelligence que selon sa beauté? Tout deux sont tributaires de la naissance, même s'ils peuvent être quelque peu améliorés (ou empirés)...

Vance 10/03/2012 10:43



C'est vrai que c'est un sujet qui est souvent finement traité par les plus grands auteurs. Ca mériterait presque un challenge littéraire.