Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
l'Arpenteur de pages

[roman] le Frère de sang : alchimie d’un meurtre

12 Avril 2013 , Rédigé par Vance Publié dans #la Voie des livres

le-Frere-de-sang-00.jpg

 

Une nouvelle enquête du commissaire franc-maçon Marcas.

J’avais bien aimé Conjuration Casanova, 2e épisode de la saga au succès grandissant mêlant l’ésotérisme bon teint lié aux cercles maçonniques (le commissaire Marcas a la particularité d’être Franc-maçon) à la structure d’une enquête policière classique ; le livre m’avait rappelé combien j’avais aimé dévorer les livres qui faisaient se soulever le voile de mystères entourant les secrets de l’Histoire, ses trésors et ses dynasties occultes. Les auteurs se targuaient en outre, d’une manière un peu paradoxale, de tenter de démystifier la franc-maçonnerie en la débarrassant de ses oripeaux suspects ou grotesques tout en soulignant son impact réel mais bienveillant sur certains des grands bouleversements sociaux plus ou moins récents.

Tout l’or du monde vaut environ 2000 milliards de dollars.

Peter L. Bernstein, le Pouvoir de l’or, histoire d’une obsession

Une accroche plus fascinante que le volume précédent (celui-ci serait le 3e volet des aventures de Marcas) pour un résultat peut-être plus frustrant : la pierre philosophale, le destin de Nicolas Flamel et son influence sur l'économie contemporaine auguraient d'une histoire plus prenante. Il n’empêche que ces auteurs sont diablement documentés et ne se privent pas, dans d’intéressantes annexes, d’afficher leurs sources, voire d’encourager les lecteurs à aller plus loin. Il y a dans les écrits de ce couple atypique d’écrivains (l’un est initié, l’autre profane) une jubilation réelle à manipuler des vérités qui dérangent, des secrets d’Histoire. On pourrait voir dans les enquêtes de Marcas une forme de vulgarisation ludique de la franc-maçonnerie : plutôt que de jeter de la poudre aux yeux et échafauder des hypothèses déjà galvaudées (façon Dan Brown), ils utilisent le prétexte de scènes de crimes pour démêler chaque fois davantage l’écheveau complexe des cercles savants, prêchant pour leur paroisse sans excès de prosélytisme en essayant d’articuler correctement les doses adéquates de mystère, de polar et d’ésotérisme pour captiver le lecteur tout en le cultivant.

On ne torturait jamais en son nom propre, mais au nom de Dieu et du roi. La main qui donnait la souffrance ne faisait qu’obéir à plus haut.

 

J’avoue que le rythme de lecture est excellent (je n’ai pas trop l’habitude des chapitres ultra-courts) et le découpage entre la partie médiévale et l'enquête contemporaine est fort agréable, les actes de chacun (Flamel, le « tourmenteur » et sa victime à la fin du XIVe siècle, Marcas, le « frère de sang » assassin, les membres du groupe Aurora de nos jours) finissant par avoir des répercussions les uns sur les autres à travers les âges. L'action est en revanche assez médiocrement exploitée et certains ressors demeurent grossiers : notre policier initié n’est pas un enquêteur hors-pair, ni un as de la gâchette et il a la fâcheuse tendance à tomber de Charybde en Scylla chaque fois qu’il progresse à la poursuite du meurtrier de deux de ses frères. Ce n’est pas tant qu’il soit poisseux ou maladroit, mais on a voulu en faire un héros ordinaire plongé dans des intrigues extraordinaires. Le contraste est sans doute voulu, mais l’impact est amoindri et il m’est arrivé de pester contre les négligences ou la paresse du limier, plus souvent victime de celui qu’il pourchasse que le contraire.

De Descartes à Sherlock Holmes, il y avait là toute une époque de penseurs en chambre pour lesquels résoudre une équation ou une énigme policière ne servait qu'à confirmer la toute-puissance de la raison.

Autre sujet d’agacement : ce jeu constant du chat et de la souris avec le glauque, le sordide et le sexe. Dans ce livre, on y torture gaiement (façon de parler), on y tue et on y baise, mais les auteurs prennent un soin particulier à décrire les scènes sans dépasser des limites qu’ils se sont fixées. Quelques mots un peu crus, de nombreuses suggestions et le rideau du chapitre se referme sagement sur une suite sanglante et/ou moralement réprouvée. Frustrant, donc. Il n’empêche que la partie avec le « tourmenteur » (un bourreau particulier chargé de faire parler les victimes désignées par les plus hautes instances, ici une jeune femme détenant un secret capital) est plutôt bien ficelée et la psychologie des personnages finement rendue.

Il était toujours fasciné d'entendre l'épopée des compagnons d'Eiffel. Ces charpentiers du ciel, ces ingénieurs de l'impossible qui avaient offert à Paris le diadème qui manquait à sa couronne.

 

Beaucoup de retournements de situation, des voyages et des découvertes qui nous font voir d’un autre œil certains des monuments les plus symboliques de notre époque. Je n’ai d’ailleurs qu’une envie actuellement : aller voir de plus près le Monument dédié aux Droits de l’Homme érigé lors du Bicentenaire de la Révolution française sur le Champ de Mars ! Les lecteurs qui parviendront à la fin de l’aventure comprendront pourquoi.

 

Cette édition disposait d’une fin alternative, qui, moins poétique que l’originale, a le mérite d'éclairer un peu plus le mystère.


Toute révélation d’un secret est la faute de celui qui l’a confié.

La Bruyère, les Caractères

 

Ma note (sur 5) :

3

 


 

 le-Frere-de-sang-01.jpg

Titre original

Le Frère de sang

Auteurs

Eric Giacometti & Jacques Ravenne  

Format

11x17 cm, poche

Editeur

Fleuve Noir 2007

Collection

Pocket

Edition originale

 

Genre

Enquête mystico-policière

Illustrateur

 

Traducteur

 
   

Pages

550

 

 

Synopsis : Paris, 1355. Un homme est brûlé vif en place publique. Nicolas Flamel assiste à l'exécution : l'horreur ne fait que commencer car celui qui deviendra un célèbre alchimiste est sur le point de plonger dans les terribles révélations d'un livre interdit.

Paris, 2007. Le commissaire franc-maçon Antoine Marcas découvre deux crimes rituels commis par l'un des siens, baptisé le « Frère de Sang ». Un indice le met rapidement sur la piste d'un secret séculaire, entourant le mystère de l'or pur.

De Paris à New York, une course contre la montre s'engage alors entre le serial killer et le policier, autour de deux lieux hautement symboliques, la statue de la Liberté et la tour Eiffel..

 

Partager cet article

Commenter cet article

snoring remedies 26/02/2014 07:44

I suggest you to place this article in social networking websites like Facebook and Twitter to create awareness among common men. You are doing a great job and please continue the good work. Thanks for spending some time to share your thoughts with us.

kevin 26/02/2014 05:38

nice