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l'Arpenteur de pages

[roman] le Bureau des atrocités : entre Lovecraft & James Bond

22 Février 2012 , Rédigé par Vance Publié dans #la Voie des livres

 le Bureau des atrocités 00

 

3,9/5 

Ce livre déroute.

 

Composé de deux longues nouvelles (les Archives de l’atrocité etla Jungle de béton), il dépeint un monde contemporain dans lequel toutes les menaces terroristes pourraient s’expliquer par une lutte permanente et invisible entre des organisations tentant d’avoir la mainmise sur la magie noire, une connaissance exhaustive de l’occultisme et d’autres arcanes millénaires, et des moyens d’action aussi improbables que terrifiants. Car tout est réaliste et nous montre des groupes d’influence comme Al-Qaïda sous un angle encore plus effrayant. A l’heure où l’esprit humain se concentre sur les attentats à grande échelle en essayant d’oublier la menace nucléaire, les services de contre-espionnage travaillent d’arrache-pied pour contrer les invocations de créatures liées à des lignes de codes informatiques ou les sortilèges à large rayon d’action calculés sur la base d’équations nébuleuses. 

 

Le monde de Stross, c’est celui qui résulterait de la rencontre entre Fleming et Lovecraft, avec une pointe d’ironie. Les amateurs de l’Appel de Cthulhu (version Delta Green) ou de X-Files lèvent déjà un sourcil à la manière de Spock : ce livre est fait pour eux. Mais d’autres pourront y prendre goût, surtout s’ils apprécient un cynisme omniprésent (celui de l’agent doué mais maladroit qui passe son temps à râler sur son sort) et des situations complètement délirantes, qui rappellent parfois certains épisodes des romans de Lumley, ce continuateur de Lovecraft qui racontait comment on pouvait déloger un Chthonien à coups de bombes A. Sauf que là, les perspectives de fin du monde sont occultes, dans le sens de « cachées du grand public » : que ce soit une entité cosmogonique se nourrissant d’énergie ou un dispositif grillant les cerveaux au travers des caméras de surveillance, seuls les agents et quelques témoins malheureux seront au courant.

 

Bref, des histoires d’épouvante écrites sur une trame d’espionnage. Ou le contraire. L’auteur s’en justifie d’ailleurs, et cite ses sources et ses références, dans une postface particulièrement intéressante, où l’on apprend par exemple que le roman les Puissances de l’Invisible de Tim Powers surfe sur les mêmes principes.

 

Ainsi, page 26 :

Voyez-vous, tout ce que vous savez sur la manière dont fonctionne l’univers est correct – seulement il y a un petit problème : ce n’est pas le seul univers dont nous ayons à nous soucier. De l’information peut s’infiltrer d’un univers à un autre. Il y a des choses qui écoutent, et qui répondent : voir Al-Hazred, Nietzsche, Lovecraft, Poe, etc. Ceux-aux-nombreux-angles, comme on dit, vivent au fond de l’ensemble de Mandelbrot, sauf lorsqu’une incantation convenable dans le domaine platonique des mathématiques – informatisées ou non – les attire. (Et vous qui croyiez que cet économiseur d’écran fractal faisait du bien à votre ordinateur…)

 

La première histoire (la plus longue) devient captivante dans sa seconde moitié, avec ces perspectives d’apocalypse silencieuse et ces morts-vivants nazis d’outre-monde : on trouvera des échos troublants dans le prologue du crossover Marvel Fear itself avec ces disciples de Crâne rouge tentant d’invoquer des forces mystiques, mais avec des tournures plus proches du Hellboy de Mignola. Le début en revanche paraît quelquefois rébarbatif, tant on nage en eaux troubles sans vraiment de repères ni d’actions significatifs.

 

La nouvelle suivante, très dense et plus cohérente, se suit à un rythme soutenu. Ce qu’elle implique fait froid dans le dos. 


le-Bureau-des-atrocites-01.jpg

 

 

The Atrocity Archives

 

Un roman de SF de Charles Stross (2001), collection « Ailleurs & Demain », éditions Robert Laffont 2004

 

Traduction : Bernard Sigaud

 

 

Résumé : Bob Howard est un informaticien doué et lucide. Après une découverte traumatisante, il a été engagé contre son gré dans la Laverie, le plus secret des services secrets britanniques, qui œuvre à traquer les actions occultes dans le monde, en empêchant par exemple que certains scientifiques chanceux ou peu scrupuleux utilisent des théorèmes ouvrant la porte à des entités malfaisantes. Car depuis la Seconde Guerre Mondiale, la thaumaturgie repose sur des bases mathématiques, renforcées par l’usage de l’informatique. Et lorsque on propose à Bob d’aller aux Etats-Unis récupérer une chercheuse traquée par des terroristes, il ne se doute pas qu’il se retrouvera sur la piste de l’Ahnenerbe, organisme occulte nazi qui a survécu à la guerre en émigrant sur un autre monde peuplé de forces destructrices.

 

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Cachou 22/02/2012 19:59


J'ai lu tout et son contraire sur ce livre, n'arrivant pas à déterminer s'il m'intéresse. Ce que tu en dis m'intrigue, mais le côté espionnage ne m'attire pas. Il est si présent que ça?

Vance 23/02/2012 07:45



Oui, c'est la trame de fond dans laquelle évolue le personnage central, avec l'existence d'une sorte de MI6 spécialisé dans les Forces occultes. Mais le côté surnaturel est de plus en plus
présent au fur et à mesure qu'on s'enfonce dans le récit.