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l'Arpenteur de pages

[roman] Je reviendrai avec la pluie : aimer au-delà de la mort

14 Février 2012 , Rédigé par Vance Publié dans #la Voie des livres

 Je-reviendrai-avec-la-pluie.gif

 

4,4/5

 

p. 285 : Je suis heureuse. Je n’ai besoin de rien. Tout ce que j’aurais voulu, c’est de rester à tes côtés. Le savais-tu ? C’est là le plus grand bonheur en ce monde.

 

Lorsqu’est venu le moment de s’inscrire au dernier Masse Critique organisé par Babelio en partenariat avec de très nombreux éditeurs, je connaissais les ficelles. J’étais organisé, prêt pour l’ouverture du site (à 8h29) et j’avais ma liste en mains. Je savais qu’il fallait éviter de cocher un trop grand choix de livres pour être sûr d’avoir celui que je voulais. Et, d’habitude, mes inclinations naturelles me portent vers la SF, le Fantastique ou, à défaut, l’Histoire ou le Polar. Or là, je fus attiré par la présentation de l’ouvrage, succès colossal au Japon au point qu’il a déjà suscité une série et un film. La curiosité littéraire a fait le reste.


[Et puis, un auteur qui cite régulièrement Kurt Vonnegut, ça ne se rate pas !]


Le coin du C.L.A.P. : Malgré ma pile de comics qui ne descend jamais, ce livre été classé hautement prioritaire (reçu par le biais de Masse Critique). Et il s’est lu très vite ! Trois soirées tout au plus, au chaud sous la couette, attendant le sommeil.

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Non pas que je sois particulièrement fleur bleue. Cependant, je ne suis pas insensible aux belles histoires d’amour, à partir du moment où le sentimentalisme ne sombre pas dans la niaiserie. Il s’agit là d’un équilibre ardu à trouver, et cela tient autant aux protagonistes de la romance qu’au style ou à la structure narrative.

 

p. 23, §8 : Les romans sont la nourriture du cœur. Ce sont les lampes qui illuminent les ténèbres, la joie qui surpasse l’amour.

 

Or, Takuji Ichikawa, s’il ne propose rien qui soit véritablement surprenant, séduit dès les premières phrases. Son style est simple, refuse les artifices et les descriptions littéraires et se concentre sur l’émotion, le ressenti. Ecrit comme un journal intime avec la double vocation de consigner les événements et les sensations et d’établir un témoignage fidèle de cette histoire qui a marqué sa vie, le roman se construit subtilement par petites touches impressionnistes qui se parent par moments d’étincelles poétiques. En fait, on passe constamment du monologue au dialogue, avec une recherche permanente d’authenticité, de sincérité (les répliques sont souvent réduites au minimum et on peut être décontenancé par la quantité de « Hmmm… » qui interviennent dans les discussions).

 

p. 32, §4 : Je ne serai bientôt plus de ce monde mais lorsque la saison des pluies sera de retour, je reviendra sans faute pour voir comment vous vous débrouillez, tous les deux.

 

Mais le plus important est le contenu, et le message inhérent. Takumi a perdu sa femme qu’il adorait et il a du mal à affronter sa vie de père célibataire d’un petit garçon adorable, d’autant que de nombreux problèmes physiologiques lui compliquent la tâche. Du coup, lorsque il retrouve sa défunte épouse près d’une usine abandonnée dans une forêt où ils aimaient se promener, il en retombe éperdument amoureux. L’amnésie qui la frappe lui permettra de lui décrire leur relation passée, et de nous la faire découvrir : une romance atypique, qui prend son temps, sans emportement ni fougue, entre deux êtres décalés qui étaient faits pour s’aimer. Takumi a mal grandi, et ses réactions, comme ses attitudes, sont celles d’un enfant dans un corps d’adulte souffreteux : sa naïveté est touchante et entretient l’espoir d’une relation qui ne vient pas. Et pendant ce temps, le fantôme charnel de Mio, la femme qu’il aimait et qu’il retrouve après sa mort, réapprend à l’aimer en retour.

 

p. 68 : Si nous pouvions vivre ensemble tous les trois, le fait que ma femme fût un spectre ne poserait aucun problème.

 

On se doute très vite de l’issue. Pourtant, on se fiche un peu de la résolution, voire même du mystère entourant la troublante résurrection de Mio – dont la conclusion offre une explication surprenante qui enrichit le propos et transcende leur relation. Un véritable exploit que de parvenir à surprendre dans un cadre pourtant particulièrement balisé : il l’aime, la perd, la retrouve tout en sachant qu’il la reperdra définitivement. Dans ce contexte, le premier chapitre avec la présentation fort sympathique de la Planète Archive (celle où se rendent les défunts et où ils se livrent à leurs occupations favorites) comme une bouée de sauvetage psychologique – tant pour le père dévasté que pour le fils orphelin – est une réussite totale (lire ici).

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Naïf, troublant, attendrissant, un hymne réussi à l’amour vrai, celui qui transcende le temps et l’espace et s’affranchit des contraintes corporelles ou matérielles. Un adorable témoignage qui parvient miraculeusement à s’approcher de la portée des contes traditionnels, offrant en outre une galerie de personnages charmants (le Professeur Nombre et son chien qui soupire semblent issus d’un film de Miyazaki). Très peu de coquilles à déplorer, tout au plus un mot en trop ou oublié.

 

p. 63 : Le parfum de ses cheveux, si nostalgique.

Je ne puis offrir de comparaison, ni le désigner autrement que par « cette odeur ». Tel un message intime, qu’elle ne transmettrait qu’à moi.

Un message unique au monde.

 

Dans sa postface, rédigée très humblement, l’auteur se dit dépassé par le succès de son ouvrage qu’il cherche à expliquer autrement que par son talent d’écrivain (il met ainsi en avant le mouvement Pure Love qui a engendré de très nombreuses œuvres du même acabit). Ca ne le rend que plus attachant.

 

NB. Les photos sont tirées du film à grand succès adapté du roman et dont le titre anglais est Be with you.


 

Ima, Ai ni Yukimasu

Une romance de Takuji Ichikawa (2003) traduite du japonais par Mathilde Bouhon pour les éditions Flammarion (2012).


321 pages.


Résumé : Takumi, homme névrosé bourré de troubles obsessionnels compulsifs, vit seul avec son fils Yûji, âgé de six ans, depuis la mort de sa femme, Mio. Il gère le quotidien du mieux qu'il peut (c'est-à-dire laborieusement), entre le travail au bureau, les tâches ménagères et l'éducation de son petit garçon. Un jour Mio revient, comme elle l'avait promis avant son décès, à la saison des pluies mais elle a tout oublié de son passé, et pour l'aider à recouvrer la mémoire, Takumi lui raconte leur rencontre et le début de leur histoire. Durant les six semaines de la saison humide, le temps se suspend pour eux et l'amour reprend ses droits.

 

 

Autres citations :

 

 

p. 17, §3 : Cela étant, j’admire vraiment la résistance des gens ordinaires. Parfois, il m’arrive de me considérer comme un petit animal végétarien en voie de disparition car trop délicat. Mon nom figure probablement quelque part sur la liste rouge des espèces menacées.

 

p. 22, §2 : Même l’existence d’un homme banal et sans histoire est rempli de substance. Elle n’est pas vide. Car, aussi modestes qu’elles aient pu être, j’ai connu des joies, des émotions. Le travail terminé, je rentrais à la maison et racontais à ma sœur, qui attendait mon retour, les événements de la journée et, comment dire… c’était un vrai plaisir.

 

p. 38 : C’est parce qu’on les regarde que les fleurs s’épanouissent avec grâce.

 

p. 38 : Les mots qui emplissent votre cœur se déverseront d’eux-mêmes.

 

p. 62 : Un étranger qui pourrait être un jumeau, ou bien un véritable jumeau qui ne vous est pas étranger. Si c’était une étrangère, la ressemblance était tellement parfaite qu’il était difficile de croire à un spectre.

 

p. 64 : Un fantôme en pleine forme tient de la contradiction, tout comme un financier altruiste ou un Woody Allen optimiste.

 

p. 64 : On a toujours cru que la tenue standard des fantômes était blanche, mais on pourrait s’attendre qu’ils aient adopté quelque chose de plus branché ces derniers temps...

 

p. 80 : Pou moi, dormir, c’est comme être veilleur de nuit et patrouiller sans fin dans un immense immeuble de bureaux.

 

p. 86 : Le sérieux est lié à la confiance, et la confiance est une grande composante de l’amour. C’est pourquoi, en réalité, les individus sérieux en connaissent plus que les individus sensuels sur le chapitre de l’amour.

 

p. 105 : « Bonjour », « bonne nuit », « délicieux ! », « Ca va ? », « Tu as bien dormi ? », ou encore « Viens ici », c’est dans tous ces mots sans importance que réside l’amour.

 

p. 180 : Les trop grands désirs sont réprimés. C’est une règle d’or qui régit bien des légendes anciennes.

 

p. 281 : Ma vie a été courte, mais grâce à ta présence, j’ai passé des jours fastes.

 

 

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Cachou 20/02/2012 20:09


Non, parce qu'en fait, depuis le début du blog, je les ai toujours reçu. Le premier, ça a été "Monster" en 2008 ou 2009, et après, à chaque fois que je participais, j'en recevais un. J'ai même
été contactée à chaque fois pour les masse critiques "spéciales" (j'en ai refusé certaines quand le livre ne m'intéressait pas). Pourtant, je n'allais sur Babelio que pour y mettre les critiques
pour les masses critiques, je ne l'utilisais pas autrement.


Puis il y a eu le masse critique sur la SF. Le premier à avoir des livres qui me bottaient vraiment (parce que je dois bien le dire, je n'ai jamais été très emballée par les livres reçus). J'ai
tout fait pour en avoir cette fois-là, j'ai introduit toutes mes critiques SF du blog en entier sur Babelio (pas des extraits comme beaucoup le font), et j'ai même été classée à l'époque dans les
plus gros contributeurs de Babelio suite à ça. Et là, paf, première fois en deux ans je pense (ou plus) que je ne recevais rien. Les deux livres que j'avais choisis sont pourtant restés tout le
temps dans les sélections (contrairement aux autres qui avaient déjà tous été pris), j'ai vérifié tous les jours (parce que c'étaient des livres que je ne pouvais pas m'acheter). Donc en ayant
posté plein plein de notices, en ayant sélectionnés deux livres à 8h30 pile poil, en ayant participé à toutes les autres éditions précédentes, je n'avais pas été reprise.


Là, j'ai un peu (beuacoup) râlé sur le temps passé à introduire des livres et je me suis d'y qu'on ne m'y reprendrait plus (j'en ai même supprimé si je me souviens bien). Après, il y a eu le
masse critique sur les BD. Là encore, ils demandaient à ce qu'on mette des critiques. Je ne l'ai pas fait, me disant que ça ne servait à rien. Et comme de fait, j'ai été sélectionnée. Mais je
n'ai jamais reçu la BD (on a été plusieurs à ne pas la recevoir)(c'était Locke & Key). Plusieurs mails ont été échangés à ce sujet, on m'a dit plusieurs fois que ça allait partir, mais rien.
Et depuis, je n'ai plus jamais été sélectionnée, même si je faisais tout comme avant.

Du coup, Babelio, moi, ça ne me sert pas à autre chose, c'est juste comme un FB avec des livres à mes yeux, c'est mon blog qui me sert à répertorier mes lectures. Donc je ne vois plus trop
l'intérêt d'y rester en fait. Je ne veux pas partir pour les punir, parce qu'ils n'ont pas à m'envoyer des livres. Mais juste que si la seule utilité pour moi d'être sur le site (pouvoir
participer à Masse Critique) n'existe plus, ben voilà...

Vance 20/02/2012 22:55



Ah ouais, je comprends. En fait, je ne connais pas leurs critères. Chaque fois que j'ai participé, j'ai reçu l'un des livres (et une fois un second !), mais il m'est arrivé de ne pas participer
(pas assez de temps). Nat en revanche n'a pas toujours été satisfaite, mais ce coup-ci, c'est moi qui l'ai inscrite dès les premières secondes et ça a marché. A mon avis, ça dépend moins d'eux
que de l'éditeur, puisque c'est toujours une enveloppe différente.


Pour Babelio, tu n'as pas tort, donc à ta place, je n'y irais plus que pour poster la critique liée à Masse critique. Et il y a d'auters sites qui proposent des livres gratuits contre un texte.



Cachou 20/02/2012 09:46


Tiens, je regarderais bien volontiers le film...


 


Pour ce qui est du truc pour avoir un livre lors de la Masse Critique, ça ne marche pas forcément. J'ai fait pareil pour les trois dernières, en ne demandant d'ailleurs qu'un seul livre, et pour
celle-ci, un livre dont personne n'aurait certainement voulu même (un obscur truc de SF sud-américain passé inaperçu dont j'avais entendu parler par hasard, que j'avais vraiment envie de lire
mais que je ne peux pas m'offrir). Et pour la troisième fois en suivant, rien (même pas de mail pour dire que je n'ai pas été retenue, mails reçus pourtant les fois précédentes). Je n'ai toujours
pas reçu la dernière BD pour laquelle j'avais été sélectionnée non plus. Du coup, tant pis, j'arrête d'y participer. Du coup, est-ce que ça vaut la peine de rester sur Babelio...?

Vance 20/02/2012 19:54



Ca dépend de ce que tu y trouves. Moi ça m'évite de répertorier tous mes bouquins dans un logiciel (je l'ai fait une fois, sans les BD et comics et j'ai perdu les données de 750 fiches - c'était
avant déménagement). Mais si tu n'y vas pas plus souvent que cela... Etrangement, j'ai toujours eu les livres de Masse critique. Ce ne serait pas lié à la frontière ?