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l'Arpenteur de pages

[roman] Basilica, Terre des Origines, tome 1

16 Mai 2012 , Rédigé par Vance Publié dans #la Voie des livres

Basilica-00.jpg

 

3/5 

Comment devenait-on un homme, si ce n'est en faisant d'abord semblant, jusqu'à ce qu'une habitude se forme, puis, pour finir, un trait de caractère ?

 

Voyons. Orson Scott Card est déjà une institution dans le monde de la SF : l’auteur du cycle d’Ender et des Chroniques d’Alvin le Faiseur, un Mormon élevé dans la plus pure tradition, propose ici le premier volet d’une saga qui se veut aussi importante que les deux précitées. Créateur d’univers hors pair, aux récits puisant dans les mythes primitifs et mettant en valeur les dilemmes moraux, les épreuves, les doutes et la responsabilité de ses héros messianiques, Card s’est inscrit profondément dans la SF de la fin du XXe siècle, au point que même le Marvel Comics Group a fait appel à lui pour une mini-série très réussie sur Ultimate Iron Man. Cet écrivain peut se vanter d’avoir reçu deux fois de suite le doublé prix Hugo et prix Nebula.


Les femmes ne comprennent jamais les hommes. Evidemment, les hommes ne comprennent pas mieux les femmes, mais au moins, nous ne nous faisons pas d'illusion à ce sujet.

 

Basilica est donc né sous une bonne étoile. Par un de ces coups du sort dignes de la SF, c’est pourtant le premier roman de l’auteur que je lis, ayant bénéficié d’un prêt (ce qui le plaçait donc en haut de ma Pile à Lire).

Et je dois avouer ma déception.

Certes, on sent très vite la volonté de Card de faire vivre ses protagonistes, nous présentant dès les premières pages celui qui semble « l’Elu » de ce cycle, le jeune Nafai, grand gaillard de quatorze ans qui partage sa vie entre le domaine de son père, le riche propriétaire et marchand Volemak, et l’école de sa mère, Rasa, figure incontournable de la vie culturelle et cultuelle de Basilica. Nafai est un adolescent un peu plus costaud que la moyenne, plein de fougue et de doutes, qui se dispute régulièrement avec ses frères et surtout Elemak, l’aîné, le seul d’entre eux à pouvoir monter des expéditions dans le désert. Quant à Issib, le cadet, il se met régulièrement à l’écart de ces disputes : son handicap le pousse à hanter les bibliothèques en quête de savoir. On suit donc Nafai qui nous permet de voir Basilica de l’intérieur et de découvrir ce lac sacré interdit aux hommes, ces quartiers voués à la fête ou aux marchés, ces temples où chaque prière s’accompagne d’une blessure rituelle. Et même si la vision de Volemak, qui va bouleverser l’équilibre politique et social de la ville, intervient relativement tôt, on ne peut s’empêcher de s’ennuyer parfois malgré les descriptions hautes en couleurs. C’est que l’auteur multiplie les dialogues intérieurs, surtout chez Nafai mais également chez Luet, cette jeune fille capable d’interpréter les rêves : nos héros tergiversent à qui mieux mieux et nous empêchent de progresser dans le récit.


Je suis une prophétesse : tout est ouvert devant moi, et rien ne doit me rester inconnu, sauf le bonheur.

 

C’est frustrant et parfois même rageant, d’autant que les mystères entourant les visions n’aident pas à y voir clair – on peut en dire autant du plan de la cité proposé dans les premières pages, illisible. Mais le cadre fascine, et la destinée de Nafai, se précisant petit à petit (messager d’un dieu qui ne sait d’abord s’adresser à lui que par des rêves énigmatiques), entretient un certain suspense sur ce que sera sa mission, et surtout sur les responsabilités énormes qui lui incomberont. L’écriture est dynamique, riche et parfois percutante, malgré des dialogues empesés, avec un vocabulaire qui sait puiser dans différents registres.


De fait, le style est très différent de ce qu’on trouve ailleurs, même si on peut établir une certaine parenté avec Asimov dans la manière de faire avancer les intrigues par les dialogues. Par un discours parfois ouvertement pédagogique, on a quand même par moments l’impression d’être devant un juvenile : beaucoup de démonstrations inutiles, de répétitions de situations qui peuvent agacer. A contrario, la fin de ce volume est toute en accélération, presque bâclée, pour aboutir à une révélation qui annonce un périple d’ampleur cosmique.


On nourrit les bêtes aujourd'hui pour entendre leur viande grésiller demain.

 

A suivre donc.


Homecoming : the Memory of Earth

 

 Basilica 01

Auteur

Orson Scott Card

Nature

Roman ; premier tome d’une saga

Format

poche

Editeur

L’Atalante (1995)

Collection

J’ai Lu SF n°6937

Edition originale

Orson Scott Card 1992

Genre

SF

Traducteur

Arnaud Mousnier-Lompré

Pages

315

 

 

Résumé : Sur la planète Harmonie, les humains perdurent depuis des dizaines de millions d’années ; ils y ont bâti une civilisation refusant les excès de la précédente, qui précipita la ruine de la Terre, leur planète foyer qu’ils durent quitter. Ainsi, si les habitants profitent de certaines avancées technologiques (comme le stockage numérique des données), ils ne disposent étrangement que d’armes peu évoluées en dehors de pulsants peu puissants. A Basilica, les femmes régentent la vie de la cité construite autour d’un lac souterrain par lequel certaines élues communiquent avec Surâme, l’ordinateur-dieu d’Harmonie. Pourtant, c’est à Volemak, un riche marchand, et à son fils Nafai, que Surâme envoie des visions d’apocalypse : Basilica est menacée de destruction, ce qui engendrerait la ruine de l’Humanité. Du coup, les tensions politiques latentes s’exacerbent tandis que les fils de Volemak s’entredéchirent : pourquoi Surâme n’intervient-il pas ? Pourquoi ses visions sont-elle si peu claires ? Pourquoi ne sont-elles interprétables que par cette jeune « sorcerette » alors que les autres prêtresses n’y ont pas accès ? Et pourquoi Nafai, le benjamin, plutôt que ses aînés désireux d’hériter de la fortune paternelle ? 

 

Autre citations :

On ne peut se sentir chez soi quelque part où on n'a pas accès à tout.

 

 

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