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l'Arpenteur de pages

[comics] MAX - Wolverine : Contagion

22 Février 2012 , Rédigé par Vance Publié dans #le Sentier des Comics, #Super-héros, #Wolverine

Contagion-00.jpg

 

4,2/5

 

Inutile de rappeler à mes lecteurs combien j’aime Wolverine. Bien que mis à toutes les sauces depuis quelques années (menaçant par son omniprésence la sacro-sainte continuité Marvel), il n’a que rarement été galvaudé, un peu comme si ses nombreux scénaristes avaient eu trop de respect pour sortir complètement du cadre esquissé voici des lustres par ses créateurs, et presque définitivement établi par Chris Claremont et Frank Miller, chacun de leur côté. Certes, il a eu ses hauts et ses bas et a traversé toutes sortes de crises, mais sa série n’a jamais été médiocre et il faut avouer qu’il n’y a pas grand-chose à jeter dans les épisodes même bouche-trous.

 

Je vais te rendre plus schtarbé qu’un scénario de David Lynch.

 

Et voilà qu’il est confié aux pinceaux de Juan José Ryp. Inutile aussi de souligner mon quasi coup de foudre pour ce dessinateur espagnol qui parvient à me faire vibrer comme peu avant lui, avec ce souci du détail qui me fait irrémédiablement penser à George Pérez, mais aussi une propension à se lâcher pour verser dans le gore (ses cases sont régulièrement inondées d’hémoglobine, la faute aussi à ceux pour qui il a travaillé, Warren Ellis en tête).

 

Donc, inutile de vous dire combien je m’impatientais.

 Contagion-02.png

Le résultat de cette rencontre devait forcément être décevant. Cela dit, s’il n’est pas à la hauteur de mes attentes, il s’avère diablement intéressant.

 

Les super-héros sèment des morceaux partout où ils passent.

 

De fait, Charlie Huston déroute un peu son lecteur, surtout s’il s’agit d’un aficionado qui dévorait déjà les premières aventures de Logan à Madripoor, à l’époque où John Buscema s’amusait déjà à lui faire affronter des dizaines d’adversaires. Or, voilà notre héros griffu en train de draguer et de raconter à une minette comment il a été capturé par de sales types pas très futés qui l’ont traité comme un chien (dans tous les sens du terme). Et voilà plus loin le même Logan surpris à danser en boîte de nuit. On continue notre lecture, un peu éberlué, un peu groggy même. On a du mal à s’y faire, surtout que Wolverine, s’il déchiquette à tout va (oui, quand même), passe aussi beaucoup de temps à dialoguer avec force allusions et second degré salace. Il y a de l’irrespect dans l’air ! D’autant que ses adversaires, coriaces certes, semblent uniquement créés dans le but de le laisser découper, démembrer, taillader jusqu’à plus soif : des immortels dans leur genre, morts-vivants ou presque. Pas la première fois que Logan affronte des vampires, ou assimilés : déjà, alors qu’il se faisait appeler le Borgne, il avait eu affaire à un sinistre sire qui l’avait poursuivi longtemps de ses ardeurs.

 

Tu te souviens de ce réveillon où Kitty t’avait obligé à danser ? Tu as supplié le professeur d’effacer nos mémoires. Et il t’a répondu qu’il l’envisageait sérieusement, rien que pour nous épargner à tous un grave trauma psychique.

 

Et pourtant… On finit par s’y faire. Le talent iconoclaste de Huston (spécialisé dans le roman noir) parvient à hisser le niveau de cette histoire, d’autant qu’il ne se prive jamais de mettre notre mutant dans les pires situations (c’est vrai qu’il a subi toutes sortes de tortures – de la crucifixion au mitraillage quotidien – mais rarement avec un tel acharnement, un tel goût pour la souffrance). Et Ryp d’y associer son talent pour faire gicler le sang et sauter les membres.

 Contagion-01.jpg

Les face-à-face à la Killing Joke, à la Pacino/De Niro, où l’on compatit pour les deux belligérants, ça fait chier tout le monde. Le public veut un méchant à haïr sans équivoque pour justifier sa propre soif de sadisme. Parce que la vie est rarement aussi claire et nette. 

 

Un ton délibérément adulte, des personnages plutôt fascinants (avec un succédané de Deadpool qui agace avant de séduire), de la violence et du sang : on laisse l’héroïsme de côté, et les motivations sont souvent floues. N’empêche, c’est assez revigorant, caustique et rythmé. Parfois pointe un peu de frustration : Wolverine étant adepte du combat rapproché, les gestes manquent d’ampleur et de lisibilité – en gros, il fonce souvent dans le tas – et traduisent mal le slogan qui sert de titre à la série : le Meilleur dans sa partie (on l’a déjà vu plus affûté et roublard). La traduction n’est pas exempte de reproches et on peut déplorer quelques coquilles.

 

Mais c’est vachement jouissif.

 


 Contagion-001.jpg

Une mini-série de Charlie Huston & Juan José Ryp (Marvel : MAX 2012), édité par Panini France (2012).

 

Traduction : Jérôme Wicky.

 

144 pages.

 

Présentation de l’éditeur : Tandis que Logan explique à une jeune femme qui l’a prise en auto-stop comment il s’est retrouvé à combattre dans une arène pour des paris clandestins, un étrange groupe entreprend de déterrer un individu qui a passé 60 ans enseveli dans des sables mouvants en Louisiane – et qui est toujours vivant...

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