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l'Arpenteur de pages

[comics] Do androids dream of electric sheep ? 01

8 Janvier 2012 , Rédigé par Vance Publié dans #le Sentier des Comics

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4,6/5 

 

Lorsqu’un de mes camarades Illuminati s’enflamme pour une œuvre, c’est toujours bon signe. Quoique… le porte-monnaie ne soit pas de cet avis.


Imaginez plutôt : une belle édition cartonnée reprenant le texte intégral de Do androids dream of electric sheep ?, c'est-à-dire rien de moins que le roman de Philip K. Dick ayant servi de base au chef-d’œuvre qu’est Blade Runner !


Cela dit, le buzz autour de cette initiative n’était pas complètement positif : on a critiqué le dessin, et même l’opportunité d’une telle adaptation. Là encore, mon libraire a tranché : c’était du tout bon. J’ai suivi. Dont acte.

 

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Bel ouvrage, dans une présentation soignée : la couverture solide de l’édition française s’orne d’une illustration originale de Stéphane Thanneur, une manière un peu perverse d’appâter les cinéphiles (puisqu’elle reprend les codes de l’affiche du film de Ridley Scott, des codes mêlant habilement les références au film noir – le flingue, l’imperméable – et à la SF – la voiture volante). L’amateur de comic-books, lui, risque dès les premières pages de se trouver un peu floué : en guise d’adaptation, il se retrouve devant une transposition. En effet, Tony Parker, dessinateur américain résidant à Phoenix – sans doute dans l’idée de se faire un nom en dehors des terrains de basket –,  n’avait d’autre ambition que celle de mettre en image le texte intégral du roman. L’éditeur français en a profité pour commander une nouvelle traduction à Benjamine des Courtils. Du coup, malgré de réels efforts de mise en page et la volonté permanente de se démarquer de l’influence des concepteurs graphiques et décorateurs du film, on se sent un peu engoncé, à l’étroit dans ces cases surchargées de textes dans lesquels les phylactères ne savent pas toujours comment reprendre les didascalies tout en donnant vie aux dialogues.

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Pourtant, on s’y fait. Un peu à l’image du Dark Knight strikes again de Frank Miller, le côté « fouillis » en moins, les bulles et cadres changent de couleur pour qu’on puisse plus facilement les associer aux interlocuteurs. Les personnages sont décrits avec une certaine minutie et le dessinateur multiplie les angles tout en variant le cadrage afin d’agrémenter la lecture. Quant à cette traduction, elle apparaît plus élégante et subtile que celle que je connaissais (Serge Quaddrupani pour les éditions Champ libre, 1976) et confère davantage de poésie à un texte très dense, dans lequel les personnages passent beaucoup de temps en introspections et qui se concentre sur des détails de la vie courante.

 

p. 25 : Aujourd’hui, tout le monde avait oublié pourquoi la guerre avait éclaté, et qui avait gagné – pour autant qu’il y ait eu un vainqueur. La poussière qui avait contaminé la majeure partie de la surface de la Terre ne provenait d’aucun pays en particulier, et aucun, même les pays belligérants, ne l’avait provoquée.

 

Une vie que le film ne retrace que très imparfaitement. La lecture de ce roman graphique donnait en outre l’occasion de se rappeler combien l’adaptation pour le long-métrage était aussi réussie qu’éloignée du matériau d’origine. Exit ainsi le mercerisme, pourtant élément central de l’œuvre papier, ce culte voué à un individu prônant l’empathie entre les êtres au travers d’une communion spirituelle très proche de cette symbiose artificiellement induite par les drogues dans le Dieu venu du Centaure. Exit donc aussi les Penfield, ces « orgues d’humeur » dont plus personne sur Terre ne se prive, qui permettent de programmer l’ambiance émotionnelle qu’on désire ressentir. L’aspect post-apocalyptique du roman est également effacé (si dans le film on parle vaguement d’une guerre, on n’évoque ni les retombées radioactives ni l’influence de celles-ci sur les gênes des Terriens) et ne restent de l’omniprésence des émissions télévisuelles (dont le show permanent de Buster Friendly) que ces énormes panneaux d’affichage interactifs qui sont désormais ancrés dans notre mémoire collective.


On s’aperçoit également très vite de l’orientation différente accordée aux protagonistes : Deckard, ici, n’est qu’un chasseur de primes affilié aux forces de police, et même pas le meilleur ; c’est grâce à l’échec de son prédécesseur qu’il est mis sur l’affaire des Nexus-6. Précisons en outre qu’il est marié. Et si on retrouve en Rachel la fille du concepteur de ces androïdes, son nom a changé (on est passé de Rosen à Tyrell).


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Ces nécessaires comparaisons mises à part, on parcourt avec une impatience grandissante ce texte qui privilégie l’intensité émotionnelle, les réflexions à l’action et au suspense. Dans une agréable préface, Warren Ellis fait d’ailleurs le point sur Dick, son œuvre, et son adaptation. Mais je lui préfère l’une des deux postfaces, celle de Brubaker : bien qu’opportuniste, elle cible parfaitement les différents points de vue et on partage aisément ses sentiments sur le sujet. Ces deux grands scénaristes de comic-books sont peu tendres vis-à-vis du fantastique travail de Ridley Scott même s’ils admettent aimer le rendu du film.

 

Postface d’Ed Brubaker : J’ai beau adorer la version Final cut du Blade Runner de Ridley Scott, elle est quand même un échec. C’est parce que Hollywood est incapable de produire un film où les stars jouent des personnages bizarres, imparfaits, disons-le… des ratés. Parce que Dick est le roi des losers. Autant j’adore l’atmosphère, l’esthétique et la beauté de Blade Runner, mais le cœur de l’histoire est centré sur la petitesse de l’être humain. Ses héros sont toujours de petites gens. […] Même dans ce grand récit d’aventures d’androïdes, de chasseurs de primes et de mort, ce  sont les petits détails qui donnent un sens à l'histoire. Et Hollywood se soucie peu des petits détails.

 

Une belle édition donc, dont le deuxième volet vient juste de sortir, et qui remplacera avantageusement la version « J’ai Lu » qui traîne dans ma bibliothèque. Evidemment, l’édition luxueuse, parée de très belles couvertures originales, coûtera au total bien davantage qu’un livre de poche.


Mais quand on aime…

 

 

A lire aussi (et donc) : le coup de cœur de Biaze.

 


 

Version intégrale de Blade Runner, tome 1


Un graphic novel de Tony Parker (2009), reprenant le texte intégral du roman de Philip K. Dick (1968), collection Atmosphères aux éditions Emmanuel Proust (2011).

 


L’histoire : Un matin difficile, comme tous les matins dans le San Francisco post-nucléaire. Le ciel uniformément gris est chargé de ces nuages de poussière qui altèrent les gênes des humains qui n’ont pas pu, ou pas voulu, émigrer sur d’autres planètes. Rick Deckard, lui, flic désabusé, ne souhaite qu’une chose : pouvoir s’acheter un animal, car son mouton électrique ne le satisfait plus. Il compte sur la nouvelle enquête qu’on vient de lui assigner pour se faire une prime confortable : retrouver et « retirer » des Nexus-6, ces androïdes ultra-évolués qui seraient même capables de passer le test de Voight-Kampff. L’un d’entre eux a réussi à envoyer son prédécesseur à l’hôpital. Rendez-vous est donc pris avec Rachel Rosen, la fille du concepteur de ces androïdes

Au même moment, J.R. Isidore, réparateur d’animaux, s’aperçoit qu’un inconnu vient d’emménager dans son immeuble : une fille étrange, qui ne semble connaître ni le mercerisme (la religion en vogue, qui revendique l’empathie comme moteur de l’existence) ni Buster Friendly, l’animateur le plus populaire du moment. 

 

Autres Citations :

 

p.19 : Demander « Votre mouton est-il vivant ? » serait de la pire impolitesse, encore pire que de demander à quelqu’un si ses dent sou ses cheveux étaient vrais.

 

Comme le proclamaient sans arrêt les affiches, les pubs télé et la saloperie de propagande du gouvernement : « Emigrez ou dégénérez ! A vous de choisir ! ».

 

 

p. 72 : Le foutraque, ce sont des objets inutiles qu’on a jetés, des enveloppes usagées, des vieilles boîtes d’allumettes vides, des papiers de chewing-gums ou le journal d’hier. Quand il n’y a personne, le foutraque se reproduit tout seul.

 

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