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l'Arpenteur de pages

[comics] Crossed – Valeurs familiales : du cul et des zombies

8 Février 2012 , Rédigé par Vance Publié dans #le Sentier des Comics

Crossed-3.00.jpg
2,2/5
D’habitude, j’écoute mon libraire. Et d’habitude, j’ai confiance en son jugement. C’est pareil pour les blogs littéraires que je fréquente. Or, quand Neault  a critiqué le nouveau Crossed, au lieu de fuir, j’ai voulu aller y voir par moi-même.

Il faut dire que le premier volume de Crossed était impressionnant. Du Ennis pur jus, violent et sans pudeur ni tabou, sorte de coup de poing dans ta face qui laisse groggy le temps que tu comprennes que d’autres thèmes que la cruauté et le sadisme sont en jeu dans son récit de fin du monde désespéré. La suite décevait un peu, mais restait sur les mêmes rails, avec une écriture adulte plutôt roborative.

C’est la différence entre l’homme et l’animal, petite : un chien doit se faire rouler dessus par une voiture pour savoir que c’est dangereux.
 Crossed-3.01.jpg
Ici, on sent bien la fascination exercée par la série originelle sur les éditeurs. Lapham n’est pas le premier venu, pourtant il choisit la voie de la facilité en n’exposant que ce qu’il peut y avoir de plus pervers dans la nature humaine, qu’elle soit infectée ou pas. Certes, l’idée de confronter les deux faces du démon (celle, visible et dévastatrice de ces zombies animés uniquement par la violence et le vice mais aussi l’autre, sombre, celée sous les tabous de l’éducation et de la civilisation, telle une bête qu’on réfrène en permanence) et de renvoyer dos à dos des monstres tueurs et des héros libérateurs était pleine de bonnes intentions. Pratt, par sa pugnacité, son énergie communicative, sons statut de leader et son sens de l’organisation, a su mettre à l’abri une bonne partie de sa grande famille ; ce n’était pas gagné d’avance tant on sait combien ces infectés sont implacables. Animé par une nouvelle foi qui se nourrit de la détresse du monde, il guide ses ouailles jusqu’à l’aube d’un monde nouveau. Oui mais… sa fille sait ce qu’il est, ce qu’il cache sous cette apparence de colosse rassurant. Elle se tait parce qu’elle, et les autres, lui doivent la vie. Mais cela la ronge.

Un seul esprit, un seul but, un seul Dieu : le Monde ne permettait pas plus.
Crossed-3.02.jpg
De fait, le premier tiers maintient l’intérêt par l’attente de la seconde révélation : Adaline a déjà vu une première fois son père à l’œuvre. Ensuite, une bascule s’opère et la série se poursuit sans autre volonté que celle d’accumuler les morts les plus atroces et les souffrances les plus insoutenables. C’est bien la première fois que j’achète un livre sur lequel est apposé l’autocollant :

AVERTISSEMENT
Ce comic est violent, amoral
et profondément malsain.
A peine exagéré. L’écoeurement gagne tandis qu’on se désespère dans l’attente d’une résolution tirée par les cheveux. On n’est pas loin du gâchis.


Crossed : Family Values

Une série de David Lapham (Avatar Press 2011), dessinée par Javier Barreño, collection « Milady Graphics » éditions Bragelonne (2012).

Résumé : Un mal étrange et contagieux s’est répandu dans le monde entier, poussant les infectés à commettre les pires atrocités sans aucun tabou. Les meurtres et viols déciment la population et les rares qui parviennent à y échapper sont condamnés à se terrer et à tenter de s’organiser comme ils le peuvent. La grande famille Pratt, propriétaire d’un ranch, parvient d’abord à faire face, puis à s’organiser tant bien que mal pour continuer à vivre sous la houlette d’un patriarche animé par la Foi. Mais le démon pourrait bien être déjà à l’intérieur de leur nouvel Eden…

 

 

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