Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
l'Arpenteur de pages

[BD] Elric 1 : le Trône de rubis

18 Mai 2013 , Rédigé par Vance Publié dans #le Chemin des BD, #Fantasy, #Moorcock

Une opération « Masse critique » exceptionnelle m’a donné l’opportunité de lire la dernière adaptation en date de la saga Elric le Nécromancien de Michael Moorcock. Je l’ai saisi, pris d’une véritable fièvre, et bien m’en a pris.

Que dire (encore) d’Elric ? Le personnage a enchanté ma jeunesse : son statut particulier (anti-héros souffreteux mais lucide manipulé par les forces cosmiques vers un destin qui le dépasse), l’élégance un peu maniérée de la prose, des visions incroyables faisant se côtoyer la cruauté la plus raffinée et les splendeurs vertigineuses des civilisations régnantes, tout cela a contribué à emplir mon imaginaire avide et de forger mon goût pour une fantasy intelligente et sensible, mais aussi ambitieuse. Plus tard, Elric se rappela à mon bon souvenir lorsque je devins MJ du jeu Stormbringer et que je dévorai les suppléments édités par Oriflam repoussant les limites d’un univers si riche qu’il en devenait étourdissant : des ponts étaient à présent (pour moi du moins) visibles entre les différents cycles littéraires de Moorcock, Elric devenant ainsi l’un des avatars du Champion Eternel autour duquel les forces primales du Chaos et de la Loi tentent de faire pencher la Balance Cosmique. J’ai ainsi, et rétrospectivement, lu et relu Corum, Hawkmoon et complété la saga d’Elric (les derniers romans s’avérant tous médiocres, malheureusement). Le Million de Sphères, ce multiverse moorcockien, prenait peu à peu forme et substance et les parties de jeu de rôles me permettaient de plonger mes joueurs – et donc moi-même, par procuration – dans ces territoires étranges, pleins de bruit, de fureur et d’épopées transcendantes.

Elric-1.02.jpg

Malgré la qualité inégale des romans sur Elric, sa saga demeure ma préférée. Peut-être du fait des personnages (le prince albinos, quelle magnifique trouvaille déjà ! Et que dire de cette épée buveuse d’âmes qui fait sa force et sa malédiction ?), peut-être aussi à cause du contexte : un empire s’effondre, des royaumes dynamiques vont festoyer sur ses restes tandis qu’Elric, tel un damné, parcourt la Terre poussé par des puissances qui provoqueront la fin du monde connu – et la naissance du suivant. Mêlant habilement les thématiques arthuriennes et les cendres de l’Histoire (la chute de l’Empire romain), Moorcock laissait son héros se duper lui-même, tenter de s’affranchir des pactes anciens, plaider sa cause et apporter son soutien à chacune des forces en présence (rejeton du Chaos, il se liera aux Champions de la Loi lors de l’ultime conflit) pour finalement s’apercevoir qu’il n’était guère qu’un jouet – mais un jouet plaisant, brillant et subtil.

Elric, c’était moi, présentant les mêmes caractéristiques troubles du traître et du trahi.

Michael Moorcock,the Secret Life of Elric of Melniboné

Elric a été maintes fois adapté, notamment en comic-books, avec des résultats rarement réjouissants. Le corpus d’extensions éditées par Oriflam était pour moi ce qui constituait la meilleure version en dehors du canon moorcockien. Quant au cinéma, c’est à n’y rien comprendre – mais il faut sans doute s’en réjouir, les projets ayant avorté faute de pouvoir transposer valablement sur la pellicule le monde des Jeunes Royaumes avec sa munificence et ses excès.

Cette version nous arrive auréolée d’un premier titre de gloire, avant même son exploitation en librairie : l’agrément du maître en personne ! En effet, et les éditeurs ne manquent pas de le rappeler, Michael Moorcock a déclaré qu’il s’agissait de ce qui s’était fait de mieux dans le genre et a constamment été tenu au courant de l’évolution du projet, apportant force conseils et approbations.

C’était donc alléchant.

Elric-1.03.jpg

Et il faut reconnaître que c’est de la belle ouvrage. L’album est élégant, il s’ouvre sur une carte (assez peu lisible, dommage) des Jeunes Royaumes très proche de celle disponible dans le jeu de rôles, et la première édition profite en outre de 16 pages supplémentaires contenant des crayonnés et des commentaires des auteurs. Se pose tout de suite un souci, que j’avais également relevé dans Do androids dream of electric sheep ? : le nombre d’albums requis pour un seul volume. Celui-ci ne représente que le quart du premier roman (dans l’ordre chronologique, et pas dans l’ordre d’édition), Elric des Dragons. Le collectionneur devra donc s’acquitter d’une belle somme s’il compte compléter la série.

Parlons de l’adaptation en elle-même. Dans mon souvenir, elle me semble assez fidèle au niveau de la retranscription des faits, mais surtout de l’atmosphère : Blondel n’y va pas de main morte lorsqu’il retranscrit les turpitudes d’une cour décadente, avec des choix qui rappellent certaines illustrations des jeux de rôles, la version exubérante et géométrique de Druillet ou même une iconographie manga (les femelles esclaves enchaînées). Cette tendance à montrer sans pudeur les perversions qui font le quotidien des Melnibonéens rappelle le parti-pris d’une chaîne comme HBO lorsqu’elle produit des œuvres comme Rome ou Game of thrones : il y a certes un peu de racolage, mais il y a aussi et surtout (du moins espérons-le) la volonté de coller davantage aux codes sociaux en vigueur dans ces mondes imaginaires. Ainsi, j’avoue avoir été choqué par la manière dont Cymoril soigne son bien-aimé, et dont lui-même (Elric) se repaît du sang de ses victimes : quand bien même il serait différent de ses prédécesseurs sanguinaires et vindicatifs, il n’en est pas moins un pur produit d’une nation dévoyée, où les Nobles passent leur temps dans les orgies et s’abreuvent de potions hallucinogènes (Imrryr est bien surnommée « la Cité qui rêve » !). De même, le choix des couleurs me semble cohérent : du rouge et du noir principalement, et de nombreux effets de brume qui rendent les contours un peu flous. J’approuve aussi l’interprétation de certains éléments (les navires de guerre melnibonéens sont très réussis) même si on a souvent du mal à assimiler la structure des édifices (à moins que Didier Poli n’ait voulu insérer un peu de R’Lyeh et de sa « géométrie non euclidienne » dans ses dessins de l’Ile aux dragons ?). Je suis un peu plus circonspect sur les personnages (Cymoril est censée être d’une beauté surnaturelle) dont les visages sont mal définis.

Elric-1.04.jpg

Mais dans l’ensemble, c’est plus qu’honnête : splendide, violent, passionnant, alternant entre des monologues et des dialogues virulents. La représentation de la magie fait partie des bons points également, les élémentaires comme les démons étant vraiment convaincants. Et cette vision d’Arioch est géniale ! J’ai franchement hâte d’en arriver au moment où Elric partira en quête des Epées noires, mais ce ne sera pas, au mieux, avant le troisième tome.

A suivre donc.

 

Ma note (sur 5) :

4

 


 

 Elric-1.jpg

Titre original

Le Trône de rubis 

Format

Cartonné, 24x32 cm

Edition originale

Glénat 2013

Collection ou série

Elric

Scénariste(s)

Julien Blondel

Dessinateur(s)

Didier Poli & Robin Recht

Pages

64

 

 

Synopsis : Elric est le dernier souverain de Melniboné, à la tête dix fois millénaire qui s’est associé aux forces vives du Chaos pour dominer le monde des Jeunes Royaumes. Passés maîtres dans les arts occultes, les Melnibonéens végètent dans une civilisation aussi raffinée que perverse, leur décadence poussant certains dirigeants à provoquer des conflits afin de pérenniser la toute-puissance de leur nation. Le prince Yirkoon, cousin d’Elric, est de ceux-là, mais il se heurte constamment à l’inflexibilité de l’empereur en titre qui n’a pourtant ni l’allure, ni la cruauté de ses prédécesseurs : en effet, Elric est né albinos et ne se complaît que dans la poésie et l’étude de la magie noire ; son corps est si faible qu’il ne peut tenir debout qu’à l’aide des potions concoctées par Cymoril, sœur de Yirkoon… Et voilà qu’on signale que des pirates barbares ont réussi à franchir le premier périmètre de défense de la capitale, ce qui n’est jamais arrivé !  

 

Partager cet article

Commenter cet article