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l'Arpenteur de pages

[roman] Et qu'advienne le chaos

26 Avril 2014 , Rédigé par Vance Publié dans #SF, #Lectures 2014, #la Voie des livres

Cela faisait longtemps que Masse critique ne m'avait pas autant ravi. Il est vrai que la formidable quantité de livres mis à disposition par Babelio avec l'accord des éditeurs a de quoi donner le tournis, et il n'est pas rare que, stimulé par une alléchante présentation, j'aie sélectionné un ouvrage qui finalement s'avéra décevant.

De fait, Et qu'advienne le chaos est ma meilleure surprise dans ce cadre depuis l'excellent Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde. Il partage d'ailleurs avec lui certains points qui ont fait pencher la balance en sa faveur lorsque l'heure fut venue de valider mes propositions, et notamment ce résumé orienté (lire ci-dessous) qui jouait sur l'étrangeté des personnages et des situations. En jouant la carte de l'étrange, du bizarre, il est aisé d'attirer l'attention. Je pouvais raisonnablement m'exposer à un cadeau empoisonné, une lecture de gare vite expédiée ou un ouvrage écrasé par l'ambition de son auteur.  Or, sans être révolutionnaire, ce livre s'est avéré surprenant. Et, au final, passionnant.

Comme bon nombre de nouvelles maisons d'édition (autre avantage de participer régulièrement à Masse critique, la possibilité de "goûter" à des produits nouveaux pour lesquels je n'aurais pas pensé débourser le moindre euro), la présentation du livre est soignée et élégante, avec un papier de qualité correcte, des pages de garde sobres, un logo discret qui inspirent confiance. 

Pas de prologue, pas d'introduction, une page de titre réduite au minimum. tout juste a-t-on droit à un préambule qui s'avèrera n'être qu'un court passage du roman, lequel se déroule de manière foncièrement linéaire : si elle multiplie les lieux et les personnages, l'oeuvre voit son action principale concentrée sur 3 acteurs qui très vite se détacheront des autres, permettant une meilleure fluidité de lecture. Certes, on aura bien des "histoires" parallèles comme semble le suggérer le résumé de 4e de couverture, mais une seule importe vraiment. On pourrait penser à du gâchis, vu l'énorme potentiel du pitch (après tout, il s'agit de la tentative d'un sociopathe de se débarrasser de toute l'humanité en isolant chacun dans un espace-temps défini, afin de finir seul au monde !). Je préfère croire que ce choix a été fait en fonction de l'efficacité du texte. Tout semble en effet avoir été conçu dans ce but : pas de chapitre, mais des paragraphes courts, des phrases brèves, débarrassées des lourdes propositions et des adjectifs ornementaux pour se focaliser sur les faits. On navigue dans le livre à une vitesse incroyable, voyant s'enchaîner les éléments à un rythme étonnant. Cette cadence rappelle la construction épurée à laquelle sont parvenus certains des grands scénaristes de séries TV qui parviennent en quelques phrases, quelques plans-clefs à lancer une intrigue et faire vivre des personnages presque ex nihilo. Si l'auteur recourt à une petite biographie initiale pour Mikael Korta, le chercheur misanthrope natif de Phoenix, il n'a besoin que de deux ou trois dialogues pour introduire Vincent, l'avocat londonien et April, la jeune scientifique douée. Autour d'eux en revanche gravitent des individus aux passions/pulsions particulières, qui auraient tout à fait leur place chez Lynch. L'un d'entre eux prendra tout de même, de par son imposante prestance, son aura et son bagout naturels, un peu plus de place dans la narration : il s'agit de Montesquiou, immense acteur français, propriétaire de vignobles, adepte de la bonne chère et préparant une représentation de Timon d'Athènes, pièce mal connue de Shakespeare évoquant les déboires d'un bienfaiteur qui, une fois ruiné, comprit que ses "amis" ne faisaient que profiter de ses largesses. Timon d'Athènes dont de nombreux extraits parsèment notre roman, parfois déclamés "dans le texte" par notre truculent Frenchie, parfois placés en exergue.

Et qu'advienne le chaos s'avère ainsi un roman de SF original, percutant, moderne dans son attitude et dans sa construction, jouant brillamment avec son prétexte scientifique de la "Théorie des calques" sans se perdre dans le piège de la hard science (il y aurait même un petit côté légèrement iconoclaste dans cette forme de légèreté dont fait preuve l'auteur en assumant ironiquement son pitch). Il y aurait de quoi écrire pas mal d'épisodes connexes, mais le bon sens a permis à Hadrien Klent (l'éditeur a précisé qu'il s'agissait d'un pseudonyme) de demeurer droit dans ses bottes et d'aller au bout de son intrigue, qui prend des tournures de course contre la montre apocalyptique, où un couple fort sympathique est le seul à pouvoir, littéralement, sauver le monde tel qu'on le connaît. Evidemment, on peut faire la fine bouche devant la fin, presque trop sage, presque en porte-à-faux, mais l'ensemble est de haute volée et laisse une très agréable impression.

 

 

Format

poche

Edition originale

Editions Attila Le Tripode 2014

Edition française

 

Collection

Météores n°03

Auteur

Hadrien Klent

Illustrateur(s)

Terry Dodson

Traduction

 

Pages

254

 

Synopsis : Une découverte scientifique aussi révolutionnaire que la théorie de la relativité. Un chercheur misanthrope qui voudrait être le dernier des hommes. Un psychanalyste qui lèche les choses pour vérifier qu'elles existent. Un tueur à gages qui pratique le relativisme culturel. Une Mexicaine prise au piège de ses yeux. Un dentiste qui raffole des mâchoires de Staline. Un magicien qui s'évapore. Et un couple improvisé qui, dans ce chaos naissant, va tenter de sauver l'humanité. Dans une tension cinématographique, Et qu'advienne le chaos multiplie les rythmes et les histoires.

 

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