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l'Arpenteur de pages

[roman] le Livre & l’Epée tome 1 : la Voie de la colère

15 Septembre 2013 , Rédigé par Vance Publié dans #la Voie des livres, #Fantasy

Encore une fois heureux bénéficiaire de l'opération Masse critique, je savais que le risque d'être déçu était au moins aussi grand que celui d'être enthousiasmé. C'est le but du jeu lorsqu'on s'engage sur le choix d'un ouvrage dont on ne connaît pas l'auteur ni la réputation - quand bien même on se fierait au genre. La surprise fait partie du contrat.

Ca faisait longtemps que je n'avais pas lu de fantasy. Vous savez ces livres qui commencent immanquablement par une carte du monde dans lequel vous évoluerez, bon an mal an, au gré des aventures forcément mouvementées de leurs héros. Je gardais de ce genre (auquel j'ai fini par préférer le space opera) d'excellents souvenirs, de glorieux instants, des moments de bravoure et des paysages inouïs.

Ce que propose Antoine Rouaud est en ce sens surprenant, à plus d'un titre : pas de carte, pas d'univers pittoresque ; les noms de lieux et les rares descriptions de paysages évoquent ce qui pourrait être un Royaume de France médiéval légèrement fantasmé. Le contexte géopolitique, plus fouillé, rappelle en revanche la montée des mouvements démocratiques du début du XIXe siècle, les soulèvements populaires comme leur récupération par des factions plus ambitieuses et roublardes. En ce sens, on se rapproche de grandes sagas historiques ou imaginaires de la littérature anglo-saxonne, avec ses luttes d’influences entre familles désireuses d’occuper le devant de la scène.

Mais n’oublions pas qu’avant tout, il s’agit d’une épopée fantastique, avec ses héros au destin plus grand qu’eux, ses batailles homériques et ses choix cornéliens. L’auteur ici semble clairement avoir opté pour les personnages plutôt que pour le décor qu’il néglige en permanence. Et au début, on a même l’impression de lire une version sobre et froide de Légende, le roman de Gemmell narrant le dernier combat d’un chevalier légendaire. L’un des deux atouts de l’ouvrage réside d’ailleurs dans la personnalité de Dun-Cadal, vieillard aviné se rappelant sa gloire passée au travers de récits épiques et de souvenirs émus. Malgré un style maladroit (beaucoup de répétitions inconvenantes, l’auteur revenant trop souvent sur certains passages et réflexions et faisant appel aux même tournures – pourquoi le regard d’un individu soupçonneux doit-il être systématiquement associé au même adjectif ? On retrouve l’expression « regard torve » une bonne dizaine de fois !), on ne peut que se prendre d’affection pour cet ancien chevalier qu’on aimerait revoir aussi sémillant que jadis.

Le second atout réside dans la structure du roman, Rouaud ménageant progressivement une grosse surprise à la manière d’un happening de fin de saison. Certes, on voit venir le procédé de loin (la résolution de la première intrigue se déroulant vers le premier tiers, on se doute très vite qu’il y aura autre chose que la quête de l’Epée disparue des empereurs), mais cela a le mérite de relancer l’intérêt du livre. Dommage que l’écriture et le rythme ne soient pas à la hauteur, le second tiers revenant sur les événements du premier mais par un autre biais, un autre point de vue : une option intéressante mais encore une fois lourdement mise en place, sans aucun subtilité. Et là, au moment où je commençais déjà à lire en diagonale (chose que je ne fais qu’exceptionnellement) en soupirant de ne pas arriver rapidement à la fin, l’intérêt fut subtilement relancé. Oh, ce ne sont pas les complots, les attentats et les grandes révélations qui m’ont replongé dans la Voie de la colère, mais quelque chose de plus ténu et qui, à mon sens, constitue la plus grande réussite de l’œuvre : les sentiments, cette relation particulière entre le Maître et l’Elève que, malgré, encore une fois, trop de redondances, Antoine Rouaud a su mettre en lumière et faire mûrir.

Au final, beaucoup de sympathie émane des personnages de ce roman qui, commençant comme un petit feuilleton français, s’achève sur le mode d’une grosse production hollywoodienne. Les emprunts au cinéma de genre sont d’ailleurs nombreux (qui parmi vous n’a pas compris que le Souffle était un autre nom donné à la Force des Jedi ?) mais pas rédhibitoires – et puis ça faisait longtemps que je n’avais pas lu de bonnes histoires de dragons.

Ce volume est censé donc être le premier d’une saga. J’hésite à me procurer la suite car, honnêtement, l’intrigue au cœur de ce cycle (« le Livre & l’Epée ») ne m’a pas du tout enthousiasmé. En revanche, je crois que j’aimerais retrouver ces personnages. Au moins une fois…

Ma note (sur 5) :

3

 

Titre original

La Voie de la colère

Auteurs

Antoine Rouaud

Format

24x19 cm, broché

Editeur

Bragelonne 2013

Collection

 

Edition originale

 

Traducteur

 
   

Pages

475

 

Synopsis : An 10 de la République, dans la cité portuaire de Masalia. Dun-Cadal n’est plus que l’ombre de lui-même. Trahi par ses amis, celui qui fut le plus grand général de l’Empire déchu passe désormais son temps à boire dans une taverne. Il s’est détourné de la politique, des aventures, et même de l’Histoire. Mais l’Histoire n’en a pas fini avec lui.

Viola est une jeune historienne à la recherche de l’épée de l’Empereur, symbole de l’ancien régime. Elle sait que Dun-Cadal est la dernière personne à avoir été en possession de la précieuse relique, qu’il aurait cachée pendant les dernières heures de la révolution.
Curieusement, c’est lorsqu’elle met enfin la main sur l’ancien chevalier que débute une série d’assassinats. L’un après l’autre, tous les anciens alliés de Dun-Cadal sont abattus par un homme qu’il a bien connu: lassassin personnel de lEmpereur. Lex-général en est convaincu: aucun de ces événements nest le fruit du hasard. Dans lombre se dessine une conspiration qui va bouleverser le destin de chacun. Des secrets vont être révélés au fur et à mesure que Dun-Cadal va raconter son histoire. La véritable histoire.

Quelle que soit la raison de tes actes, que tu les justifies ou non, il n'y aura jamais aucune excuse à ôter la vie à qui que ce soit.

Maîtriser un dragon, c'est passer à l'âge adulte.

Mon enfance s'est terminée le jour où pour la première fois j'ai hésité.

Sachez une chose : la destinée des hommes n'a jamais été que le murmure des dieux.

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