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Citation

Quelquefois comme Christophe Colomb, on ne cherche qu’une route et on trouve un monde.

Victor HUGO

Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 17:23
- Par Vance

Basilica-00.jpg

 

3/5 

Comment devenait-on un homme, si ce n'est en faisant d'abord semblant, jusqu'à ce qu'une habitude se forme, puis, pour finir, un trait de caractère ?

 

Voyons. Orson Scott Card est déjà une institution dans le monde de la SF : l’auteur du cycle d’Ender et des Chroniques d’Alvin le Faiseur, un Mormon élevé dans la plus pure tradition, propose ici le premier volet d’une saga qui se veut aussi importante que les deux précitées. Créateur d’univers hors pair, aux récits puisant dans les mythes primitifs et mettant en valeur les dilemmes moraux, les épreuves, les doutes et la responsabilité de ses héros messianiques, Card s’est inscrit profondément dans la SF de la fin du XXe siècle, au point que même le Marvel Comics Group a fait appel à lui pour une mini-série très réussie sur Ultimate Iron Man. Cet écrivain peut se vanter d’avoir reçu deux fois de suite le doublé prix Hugo et prix Nebula.


Les femmes ne comprennent jamais les hommes. Evidemment, les hommes ne comprennent pas mieux les femmes, mais au moins, nous ne nous faisons pas d'illusion à ce sujet.

 

Basilica est donc né sous une bonne étoile. Par un de ces coups du sort dignes de la SF, c’est pourtant le premier roman de l’auteur que je lis, ayant bénéficié d’un prêt (ce qui le plaçait donc en haut de ma Pile à Lire).

Et je dois avouer ma déception.

Certes, on sent très vite la volonté de Card de faire vivre ses protagonistes, nous présentant dès les premières pages celui qui semble « l’Elu » de ce cycle, le jeune Nafai, grand gaillard de quatorze ans qui partage sa vie entre le domaine de son père, le riche propriétaire et marchand Volemak, et l’école de sa mère, Rasa, figure incontournable de la vie culturelle et cultuelle de Basilica. Nafai est un adolescent un peu plus costaud que la moyenne, plein de fougue et de doutes, qui se dispute régulièrement avec ses frères et surtout Elemak, l’aîné, le seul d’entre eux à pouvoir monter des expéditions dans le désert. Quant à Issib, le cadet, il se met régulièrement à l’écart de ces disputes : son handicap le pousse à hanter les bibliothèques en quête de savoir. On suit donc Nafai qui nous permet de voir Basilica de l’intérieur et de découvrir ce lac sacré interdit aux hommes, ces quartiers voués à la fête ou aux marchés, ces temples où chaque prière s’accompagne d’une blessure rituelle. Et même si la vision de Volemak, qui va bouleverser l’équilibre politique et social de la ville, intervient relativement tôt, on ne peut s’empêcher de s’ennuyer parfois malgré les descriptions hautes en couleurs. C’est que l’auteur multiplie les dialogues intérieurs, surtout chez Nafai mais également chez Luet, cette jeune fille capable d’interpréter les rêves : nos héros tergiversent à qui mieux mieux et nous empêchent de progresser dans le récit.


Je suis une prophétesse : tout est ouvert devant moi, et rien ne doit me rester inconnu, sauf le bonheur.

 

C’est frustrant et parfois même rageant, d’autant que les mystères entourant les visions n’aident pas à y voir clair – on peut en dire autant du plan de la cité proposé dans les premières pages, illisible. Mais le cadre fascine, et la destinée de Nafai, se précisant petit à petit (messager d’un dieu qui ne sait d’abord s’adresser à lui que par des rêves énigmatiques), entretient un certain suspense sur ce que sera sa mission, et surtout sur les responsabilités énormes qui lui incomberont. L’écriture est dynamique, riche et parfois percutante, malgré des dialogues empesés, avec un vocabulaire qui sait puiser dans différents registres.


De fait, le style est très différent de ce qu’on trouve ailleurs, même si on peut établir une certaine parenté avec Asimov dans la manière de faire avancer les intrigues par les dialogues. Par un discours parfois ouvertement pédagogique, on a quand même par moments l’impression d’être devant un juvenile : beaucoup de démonstrations inutiles, de répétitions de situations qui peuvent agacer. A contrario, la fin de ce volume est toute en accélération, presque bâclée, pour aboutir à une révélation qui annonce un périple d’ampleur cosmique.


On nourrit les bêtes aujourd'hui pour entendre leur viande grésiller demain.

 

A suivre donc.


Homecoming : the Memory of Earth

 

 Basilica 01

Auteur

Orson Scott Card

Nature

Roman ; premier tome d’une saga

Format

poche

Editeur

L’Atalante (1995)

Collection

J’ai Lu SF n°6937

Edition originale

Orson Scott Card 1992

Genre

SF

Traducteur

Arnaud Mousnier-Lompré

Pages

315

 

 

Résumé : Sur la planète Harmonie, les humains perdurent depuis des dizaines de millions d’années ; ils y ont bâti une civilisation refusant les excès de la précédente, qui précipita la ruine de la Terre, leur planète foyer qu’ils durent quitter. Ainsi, si les habitants profitent de certaines avancées technologiques (comme le stockage numérique des données), ils ne disposent étrangement que d’armes peu évoluées en dehors de pulsants peu puissants. A Basilica, les femmes régentent la vie de la cité construite autour d’un lac souterrain par lequel certaines élues communiquent avec Surâme, l’ordinateur-dieu d’Harmonie. Pourtant, c’est à Volemak, un riche marchand, et à son fils Nafai, que Surâme envoie des visions d’apocalypse : Basilica est menacée de destruction, ce qui engendrerait la ruine de l’Humanité. Du coup, les tensions politiques latentes s’exacerbent tandis que les fils de Volemak s’entredéchirent : pourquoi Surâme n’intervient-il pas ? Pourquoi ses visions sont-elle si peu claires ? Pourquoi ne sont-elles interprétables que par cette jeune « sorcerette » alors que les autres prêtresses n’y ont pas accès ? Et pourquoi Nafai, le benjamin, plutôt que ses aînés désireux d’hériter de la fortune paternelle ? 

 

Autre citations :

On ne peut se sentir chez soi quelque part où on n'a pas accès à tout.

 

 

Publié dans : la Voie des livres - Communauté : Roman science fiction
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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 11:31
- Par Vance

Basilica-01.jpgLe maître ordinateur de la planète Harmonie avait peur. Cela ne se manifestait par aucun symptôme humain ; il n'avait pas les mains moites, ni la bouche sèche, ni l'estomac noué ou retourné. Ce n'était qu'une machine sans partie mobile, qui tirait son énergie du soleil et ses données de ses satellites, de sa mémoire et de l'esprit d'un demi-milliard d'êtres humains. Pourtant, il ressentait une sorte de peur, il avait l'impression que tout lui échappait, qu'il n'avait plus le pouvoir d'influencer le monde comme autrefois.

 

Orson Scott CARD


Traduction Arnaud Mounier-Lompré.

Publié dans : Incipit - Communauté : Roman science fiction
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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 07:15
- Par Vance

Captain-Swing-00.jpg

 

3,3/5

 

 

Quand Warren Ellis sort un nouvel album et que je rôde dans ma librairie préférée en quête d’une agréable surprise, je n’hésite pas longtemps.

 

Cette fois, le grand auteur britannique se frotte au steampunk, après avoir longtemps écrit sur la condition de super-héros (voir No hero, Black Summer et Supergod). Raison de plus pour découvrir sa nouvelle œuvre.

 

Le résultat est surprenant. Loin d’être mauvais, il est surtout frustrant tant on a l’impression que l’on est face à un projet avorté contenant en germe toute la virulence d’un Ellis réfractaire au système. C’est que le monde qui nous est présenté ressemble à un mélange improbable entre Rex Mundi et From Hell : les rues de Londres, façon gaslight, sont glauques et sombres, et les forces de l’ordre peinent à en contenir les ombres. Seulement, l’irruption de la « magie technologique » se fait par le biais de l’électricité, cette force encore mal maîtrisée et plus mal connue. Sa variété d’utilisation en fait une arme terrifiante pour qui sait comment la canaliser. Encore faut-il aussi décider de ce qu’il convient de faire avec cette source d’énergie : la dispenser gratuitement au peuple en souffrance (1830 est une année charnière dans les revendications sociales en Europe, et l’Angleterre connut alors quelques émeutes de mineurs qui firent date) ou la réserver à une élite désireuse de conserver la mainmise sur une société obscurantiste ? Captain Swing, c’est un peu le Pirate Roberts de ce conte philosophique moderne, à mi-chemin entre Robin des Bois et Rorschach : peu importe son identité, ce sont les idées véhiculées qui comptent.

 Captain-Swing-02.jpg

Ainsi, difficile de s’attacher aux personnages, si ce n’est à ce Charlie Gravel, un « Peeler » - c'est-à-dire un officier de la Metropolitan Police de Londres fondée par Sir Robert Peel - gardien de la paix sans arme chargé d’agir comme il peut contre une criminalité galopante à laquelle les « Bow Street Runners » (précurseurs des policiers londoniens, des hommes armés sous la houlette des magistrats) ajoutaient leur grain de sel en s’opposant constamment à eux. Charlie, à la fois respectueux des règlements et fougueux, n’écoute que son courage pour partir à la poursuite de ce bandit capable de sauter par-dessus un immeuble et de s’enfuir dans un bateau volant. Mais est-ce vraiment cet homme étrange adepte de la science philosophique qui est responsable du meurtre d’un policier ? Charlie se retrouvera sans le savoir au cœur d’une conspiration touchant jusqu’aux plus hauts responsables du gouvernement.

 

Les dessins de Caceres ont cet agréable aspect des comics vintage, bourrés de détails et aux expressions faciales exagérées. Il y ajoute de nombreuses planches de machines pré-technologiques qui, avec les tonalités sombres choisies, confèrent une ambiance oppressante bienvenue. L’ensemble va néanmoins bien trop vite et pose beaucoup plus de questions qu’il n’en résout, s’attardant sur une péripétie alors que le mystère reste entier. Warren Ellis a toutefois le mérite de rattacher ce récit à l’Histoire par le biais d’anecdotes bien réelles, qui donnent un éclairage nouveau à cette aventure. Un peu comme un V pour Vendetta à l’envers.

 


 

 

Captain Swing & the Electrical Pirates of Cindery Island

 

 Captain-Swing-01.jpg

Format

Album

Fréquence de parution

One shot

Editeur

Bragelonne

Date de parution

janvier 2012

Collection

Milady Comics

Série(s) & épisodes

 

Scénariste(s)

Warren Ellis

Dessinateur(s)

Raulo Caceres

Traduction

Philippe Touboul

Pages

128

 

Résumé : Londres 1830. Le jeune flic Charles Gravel ne cesse d’être témoin de choses qu’il ne devrait pas voir : un navire volant, des pirates armés d’étranges artefacts électriques… et un capitaine qui nargue la police, un révolutionnaire qui défie la loi pour remettre au peuple la science et ses miracles afin de les libérer du joug des puissants. Dans les rues, on murmure le nom de Spring-Heeled Jack… mais il préfère qu’on l’appelle Captain Swing.

Voici son histoire.

Publié dans : le Sentier des Comics - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Samedi 5 mai 2012 6 05 /05 /Mai /2012 10:30
- Par Vance

 Hard-boiled-1.00.jpg 

3,2/5 

 

Si je suis venu à Hard boiled, ce n’est pas par Frank Miller. Et pourtant ! J’ai assez travaillé sur le bonhomme pour que ce soit un choix évident.

 

En fait, c’est en me repenchant sur la carrière de Juan José Ryp, qui m’avait vraiment époustouflé dans ses albums conçus avec Warren Ellis , que j’ai trouvé une référence à Geoff Darrow qui partage avec lui (mais avec quelques années d’avance) la même propension à saturer les cases de myriades de détails, parvenant presque à fatiguer le lecteur et conférant à l’œuvre un indéniable « plus-produit » qui la rend forcément plus intéressante que d’autres après la première lecture. Ce souci du détail s’accompagne d’une recherche de réalisme malgré le penchant prononcé pour des récits de SF ou purement fantastiques, ce qui les rapproche d’un autre de mes artistes favoris, George Pérez. La précision du trait, le dynamisme des postures sont communs, même si Ryp et Darrow vont nettement plus loin dans la violence, voire le gore.

  Hard-boiled-1.02.jpg

Avec Darrow, le travail de Miller se limite à la portion congrue, tant on a l’impression qu’il laisse au graphiste le soin d’orienter l’album à sa manière ; ainsi, de nombreuses planches sont « muettes », et on a droit à plusieurs cases en pleine page. Le récit s’en ressent fortement : bourré d’ellipses, il subit des accélérations dérangeantes et n’est pas forcément très aisé à lire. Cela dit, la tonalité générale nous permet de nous accrocher à des codes et, entre Total Recall et Ghost in the shell, on navigue dans un domaine vaguement familier. La frustration vient du fait que le récit ne semble être qu’une sorte de mise en bouche, une longue intro percutante, pleine de bruit, de fureur et de mystères, mais qui n’aboutit qu’à des questions. On aurait aimé davantage d’un album – quand bien même on se le serait procuré d’occasion.

 

Fascinant, sanglant et glauque, avec ces teintes ternes qui rappellent le travail accompli sur certains albums futuristes de Moebius. A suivre.

 


 

Hard boiled, tome 1

 

 Hard-boiled-1.01.jpg

Format

Album cartonné

Fréquence de parution

 

Editeur

Delcourt

Dates de parution

1990

Collection

Conquistador

Série(s) & épisodes

 

Scénariste(s)

Frank Miller

Dessinateur(s)

Geoff Darrow

Traduction

 

Pages

48

 

Présentation : Il s’appelle Seltz. Carl Seltz. Il est enquêteur en assurances. Une femme, deux enfants, trois hypothèques sur son appartement en banlieue... La belle vie.

Alors pourquoi fait-il des rêves si violents, où il se voit livrant des combats sans merci dont il sort aux ¾ détruit ? En définitive, la vie de Carl Seltz – à moins qu’il ne s’appelle Carl Burns, ou encore Harry Seltz – pourrait bien ne pas être aussi ordinaire qu’elle le paraît…

Publié dans : le Chemin des BD - Communauté : Planète BD
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Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 19:04
- Par Vance

 

SUPERMAN-origines-secretes-00.jpg

 

3,5/5 

 

Suis fan de Gary Frank. Il m’avait étonné dans la série Hulk lorsqu’il avait succédé à Dale Keown, ce qui n’était pas une mince affaire tant le dessinateur canadien avait fait forte impression. Puis il m’avait proprement bluffé avec Supreme Power : la finesse de son trait, sa recherche de détails conféraient à ses planches le charme des plus grandes réussites d’un George Pérez, l’un de mes artistes préférés. Frank est capable d’associer le dynamisme des combats de titans à l’expressivité des gros plans sur ses visages, qui ne sont jamais interchangeables.

 SUPERMAN-origines-secretes-02.jpg

A l’occasion d’un échange fructueux avec Biaze (d’Illuminatus à Illuminatus), j’ai pu mettre la main sur ce volume que je ne connaissais pas. Ici, voilà Frank associé à Geoff Johns, dont je savais la réputation grâce à son excellent travail sur Green Lantern. L’opportunité de réécrire (encore !) les origines de Superman s’étant présentée, il s’est adressé à notre dessinateur pour conférer à l’ensemble un statut au moins égal à ce qu’avait fait John Byrne. Gary Frank y a insufflé tout son talent, allant jusqu’à utiliser le visage de Christopher Reeve, l’inoubliable interprète de la saga au cinéma. L’ensemble est frais et très agréable à feuilleter, d’autant que Johns a choisi de réutiliser certaines des ficelles proposées par la série Smallville. On regrettera que, si les épisodes sont bien écrits, tout se passe extrêmement vite et il en ressort une certaine frustration, comme celle de voir la série en accéléré. Les pouvoirs de Kal El apparaissent en effet très vite et on n’a pas vraiment le temps de plaindre le pauvre garçon obligé de dissimuler ses talents. C’est pire pour Luthor qui ne fait que quelques apparitions éclair. Le 2e épisode est sans doute le moins intéressant, même si l’intervention de membres de la Légion des Super-héros permet quelques situations croustillantes. Le 3e, enfin, est une revisitation très respectueuse de la rencontre entre Lois et Clark.

 

Rien de transcendant, ni d’inoubliable. Surtout, rien de révolutionnaire, plutôt une manière de condenser des décennies de visions plus ou moins décalées des origines du premier des super-héros modernes. Mais c’est bien écrit et magnifiquement illustré.


 

 

Superman : Secret Origin 1/2

 

 SUPERMAN-origines-secretes-01.jpg

Format

Album

Fréquence de parution

One shot

Editeur

Panini comics 

Date de parution

février 2011 

Collection

DC 

Série(s) & épisodes

Superman : Secret Origin, épisodes 1 à 3 (2009)

Scénariste(s)

Geoff Johns

Dessinateur(s)

Gary Frank

Traduction

Thomas Davier

Pages

112

 

Résumé : Revivez les aventures de Superman, Lex Luthor, la Légion des Super-héros, Lois Lane, Metallo, Jimmy Olsen et bien d’autres personnages de l’entourage de l’Homme d’Acier, dans ce récit des origines revisitées…

Publié dans : le Sentier des Comics - Communauté : Univers Geek
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